Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Ethiopie 4, trek de 6 jours dans le massif du Balé.

Ethiopie 4, Trek de 6 jours dans le massif du Balé.

 

 

Hussein m’a dit :

 

« L’Ethiopie n’a besoin de personne. Elle tend les mains vers Dieu ».

 

(Propos tenu par Menelik II en 1893 à propos des ambitions italiennes  sur la conquête du pays.)

 

 

Il faut une bonne heure et demie de bus pour relier Shashemene à Dodola…75 km d’une route qui annonce les hauts plateaux du pays Oromo.

 

Une surprise de taille attend le voyageur : Bien loin des clichés de terres désolées qui ont longtemps illustré les terribles famines  de la corne d’Afrique, la région Oromo étonne par l’impressionnante immensité de ses terres fertiles.

 

 

L’Éthiopie, c’est vaste !

 

Les  différentes régions ne jouent pas dans la même cour.

Les aléas climatiques, impactant directement les récoltes, peuvent être dramatiques. Ici, il en n’est rien.

 

 À  propos de ces disettes meurtrières, l’analyse est plus complexe ; Quand on sait que la famine a souvent été cyniquement entretenue par le pouvoir pour des raisons politiques, on ne peut que se poser des questions lorsque, de la vitre du bus, on observe des milliers d’hectares  ensemencés de céréales d’un jaune profond ondulant dans le vent de ces hautes terres.

 

 

Le blé, l’orge, l’avoine et le teff sont à perte de vue…

 


 

 

 Le teff, céréale incontournable pour l’élaboration de l’injera (galette acidulée), plat national, peut être récolté sur certaines terres trois fois dans la même année !

 

 

C’est le temps des moissons…Les moissonneuses  (New Holand, Class...)  entrent  en action dans les fermes gouvernementales sur des étendues inimaginables.

 

 

Ailleurs,  c’est la simple faucille qui couche les céréales sur la terre noire.

 

Dans ces larges plaines, montent dans le ciel des chants rythmant le tranchant de la lame affutée : des escouades de  moissonneurs fauchent  en cadence les tiges de paille, lient et mettent en gerbes ; Les femmes bien souvent assurent alors le battage pour la récolte finale.

 

 

 

 

En arrivant  à Dodola  nous avons eu l’impression d’avoir traversé mille fois la Beauce ! C’est absolument gigantesque !

 

 

Dodola :

 

Nous voici à Dodola, grosse bourgade « far-west » qui s’étend de façon anarchique le long de la route principale, c’est la porte d’entrée du massif du Balé.

 

Poussière, chaleur, gasoil, sacs plastiques dans le vent..

 

 

 

 

Nous prenons contact avec l’association locale qui gère les treks dans le deuxième plus haut massif d’Éthiopie.

 

 

 

 

Nabo :

 

Il s’appelle Nabo, un diminutif pour « Nabil » dit-il, le deuxième prénom du Prophète, c’est un grand gaillard économe de ces mots. Il sera notre guide durant ces jours de marche.

 

 

 

 

 

Nabo nous apprendra beaucoup sur le pays et la région Oromo.

 

Comme la plus part des Oromo, il se sent d’abord Oromo avant d’être Éthiopien, une nuance qu’il  pondère rapidement en ajoutant qu’il aime son pays et qu’il est fier d’être Éthiopien !

 

 

Ici on parle l’Omaric, on abandonne le «Salam », pour dire bonjour et  on dit « Naga, Naga.. . »

 

 

Nabo a des chaussures pourries pour arpenter les pentes  du Balé, à chaque étape il est contraint de les rafistoler.

 

Dans son sac il a roulé un tapis de prière.

 

 Il prie cinq fois par jour comme c’est l’usage.

 

 

 

 

 

 Quand je lui demande s’il pense à nous dans ses prières, pauvres pêcheurs, c’est dans un grand éclat de rire qu’il me répond « of course ! ».

 

 

Nous voilà garantie pour la route ! Qu’il en soit remercié !

 

Nabo parle un excellent anglais. Il a marié une chrétienne qui du coup s’est convertie à l’Islam. Ça n’a pas posé de problème nous dit-il, car quelques soit le  Dieu, il veille sur nous tous !

 

 

Nabo a deux enfants, il en restera là car l’éducation coûte cher nous assure-t-il.

 

 

Son épouse porte-t-elle le nikab, assez répandu dans la région ?.... « Non, un simple foulard …Un peu comme les chrétiennes » ajoute-t-il.

 

 

Les montagnes du Balé :

 

Le massif du Balé n’a pas la réputation des monts du Simien  qui couronnent le nord du pays. 

 

 

Les trekkeurs n’y sont pas nombreux, les paysages moins spectaculaires semble t-il.

 

Sans être confidentiel, le Balé reste toutefois  à l’écart des  spots touristiques du pays.

 

Paysage parfois dépouillé, minéral, le Balé est aussi un bien beau théâtre de verdure parsemé d’importantes zones pastorales. 

 

 

 

 

 

Le marcheur évolue entre 3000 et 3500 mètres d’altitude : atmosphère de sérénité et de grand silence.

 

 

D’apparence sauvage, c’est un environnement fragile, la pression des communautés paysannes élevant d’importants troupeaux est forte : chevaux, ânes, moutons, bovins…

 

 

 

 

 

Beaucoup plus qu’une simple randonnée en montagne, ce trek de six jours nous plonge dans une véritable immersion des difficiles conditions de vie de ces paysans attachants.

 

 

 

 

 

 

Sensible à la déforestation qui est  un réel problème en Éthiopie, le gouvernement fédéral impose des règles interdisant la coupe des arbres.

 

 Les paysans du Balé le savent mais continuent à dépouiller la forêt.

 

 

 

 

Comment pourrait-il en être autrement ? Sur ces hauteurs, sans électricité, ni eau courante.

 

 

Ce sont les femmes, les filles à peine sorties de l’enfance, qui vont puiser l’eau à la rivière. Elles remontent des bidons de 25 litres sur le dos, le buste incliné, épousant  le profil de pentes ardues qui mènent à leurs huttes.

 

 

Et comment faire pour se chauffer quand les températures, dès le soleil déclinant, frôlent le négatif ?

 

 

 

 

Les fragiles habitations dont les murs sont en pisé, ce mélange de paille et de terre noire, n’offrent qu’une protection sommaire contre le froid.

 

 

 

 

Comment faire pour préparer les modestes repas du quotidien, pour cuire la galette et le pain ? Comment vivre chaque jour dans ces montagnes isolées sans abattre les arbres ?

 

Ici, ce n’est pas la misère, le bétail, richesse incontournable, fournit la viande ; les cultures approvisionnent en céréales et les  légumes, on boit du thé parfois du café.

 

 

Ce n’est pas la misère, c’est une pauvreté marquée par un système encore féodal, une vie familiale qui n’évolue guère : un mari, trois femmes et des conditions d’hygiène déplorables.

 

 

C’est un autre monde, une Éthiopie oubliée, rien, non rien n’a changé depuis des années !

 

Et puis il y a les enfants, si différents des gamins des villes.

 

 Aucune sollicitation de leur part, aucune demande, des larges sourires et des bras levés  en signe  de bienvenue…

 

Marie a toujours quelques friandises dans le sac, (oui, je sais, ce n’est pas bon pour les dents…Nous donnons aussi des brosses à dents, merci Anne-Marie !) Ils conservent ce petit trésor en glissant le caramel ou la sucette dans leur poche.

 

 

 

 

Attention à ne pas se laisser embarquer par la mauvaise conscience, nous les enfants gâtés du monde occidental !

 

Ne pas se laisser gagner par l’émotion devant ces familles qui vivent  à la dure, nous ne changerons rien à leurs conditions, (D’ailleurs est-ce souhaitable ?), le plus difficile étant le total manque d’éducation à l’hygiène de base.

 

Approcher les petits de loin…Les poux colonisent ces si jolies petites frimousses !

 

 

 

 

 Six jours durant dans un espace de liberté totale…

 

 

 En dépit des conditions d’hébergement pitoyables, (mais comment se fâcher devant tant de sourires  sans calcul ?), nous recommandons vivement cette marche qui ressemble à une aventure humaine.

 

Nous rentrons un peu secoués de l’expérience.

 

 

 

Trek du Balé Pratique :

 

 

Entrée du parc National payable une fois : 100 Birr (3 Euros)

 

Guide Officiel  Obligatoire (de toute façon, aucun balisage n’existe !) : 500 Birr/jour (15 Euros)

 

Cheval pour le portage des sacs et de la nourriture : 120 Birr/jour (4 euros)

 

L’accompagnant du cheval : 120Birr/jour (4 euros)

 

Hébergement : tente, hutte, dortoir : 120 Birr/Jour (4 Euros)

 

 

 

 

Location de cheval  possible pour soulager de la marche : 120 Birr/jour (4Euros)

 

Marie aura profité de cette possibilité à  trois reprises ; c’est une bonne formule pour lâcher un peu d’argent aux familles. A Chaque étape, c’est un nouveau cheval.

 

Je m’en suis passé, le cheval très peu conseillé pour moi avec mes hanches en céramique !

 

 

 

 

Avant le départ on doit acheter l’alimentation nécessaire à  la durée du trek.  Seule la galette de blé ou d’avoine peut être achetée auprès des familles.

 

 

 

De plus nous devons  prendre en charge les repas du guide, le cuisinier n’étant pas obligatoire, j’ai donc assuré l’affaire…

 

Nabo a trouvé la gastronomie franco/éthiopienne très bonne !  

 

Nous avons acheté un peu trop de victuailles (pâtes, riz, légumes, eau…), ce n’est pas grave, nous avons laissé à chaque étape quelques provisions que je savais être inutile pour la suite du trek.

 

 

Dès le deuxième jour, j’ai pris l’habitude de cuisiner un peu plus qu’il ne fallait, l’excédent étant partagé avec les familles (très apprécié !)

 

 

Concernant le trek lui-même : pour bon marcheur, accessible à un grand nombre. Difficultés moyennes (doit être  bien différent à la saison des pluies)

 

Etape la plus courte 6km, la plus longue 20, les autres autour de 15km.

 

Prévoir les vêtements de montagne, on loge  entre 3300 et 3500, la nuit ça caille ! Nous avions nos duvets, à défaut possibilité d’en louer à chaque étape.

Latrines et bidons d’eau pour la toilette, c’est sale, on s’habitue.

 

 

 

 

Bien nettoyer les  maigres ustensiles de cuisine, bouillir l’eau est une évidence, ne pas hésiter à utiliser de l’eau minérale pour faire les soupes, cuire les pâtes…

 

Le faire discrètement, ce n’est pas compris par les familles qui vont chercher l’eau à la rivière…où s’abreuve le bétail.

 

 

 

 

 

 



18/11/2017
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