Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Soudan 7, au bout de la route, Wadi Alpha.

Soudan 7, au bout de la route,  Wadi Alpha.

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

« Je sais bien que, rue d'Belleville, Rien n'est fait pour moi,

 

 

 

 

Mais je suis dans une belle ville : C'est déjà ça.

 

 

 

 

Si loin de mes antilopes, Je marche tout bas.

 

 

 

 

Marcher dans une ville d'Europe, C’est déjà ça.

 

 

 

 

Oh, oh, oh, et je rêve, Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève...

 

 

 

 

Oh, oh, Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça. »

 

 

 

 

Alain Souchon (pas franchement connu au Soudan !)

 

 

 

 

 

 

Le turban protège du soleil mais peut  aussi s’avérer être un genre de  « kit accès mains libres ».

 

 

Le mobile coincé sur l’oreille, le conducteur du minibus fixe le goudron noir, rectiligne, interminable estafilade qui entaille le désert de Nubie.

 

 

 

Nous filons vers le nord, tout droit vers Wadi Alpha.

 

 

 Ville frontière baignée par le lac Nasser, ville terminus du chemin de fer, ville de sable qui peut engloutir les espoirs des migrants en quête d’un passage vers l’Egypte, ville sous haute surveillance : On sait d’où vous venez, on sait ou vous allez…

 

 

 

 

 

 

 

Ce très long ruban d’asphalte, un des meilleurs d’Afrique, permet de masser à la frontière des troupes militaires en un temps record : un conflit n’est jamais  à écarter entre pays « amis », d’autant plus que le Soudan vient d’apporter son soutien à l‘Ethiopie en désavouant l’Egypte sur la question du partage des eaux du Nil.

 

 

La route est en excellent état, c’est un axe stratégique qui mène à la queue du lac Nasser.

 

 

 

 

C’est  un passage obligé pour les poids lourds qui « montent » vers l’encombrant  voisin du nord, l’Egypte, qui revendique toujours Wadi Alpha, ce bout de roche ancré dans du sable jaune.

 

 

Le minibus se gare dans une station essence.  

 

Sous le cagnard, longue queue de véhicules en chapelet.

 

Depuis quelques jours on le sentait, les files d’attente pour remplir réservoirs et bidons s’allongeaient anormalement…

 

Ce n’est pas bon signe, le carburant est rationné (…dans ce désert qui en regorge tant !)

 

 

Palabres à n’en plus finir, autorisations des « pleins » communiquées par téléphone, tensions perceptibles chez les camionneurs.

 

 

Nous patientons une bonne heure sans pouvoir approvisionner le Toyota.

 

 

 Mon voisin me rassure, nous avons assez de carburant pour rallier Wadi Alpha, le chauffeur est simplement inquiet pour son trajet retour.

 

 

Nouvel arrêt quelques kilomètres plus loin, c’est l’heure du casse-croûte :

 

Cabane de tôle, le sable s’engouffre ; On ne peut rien contre ces brusques rafales de souffle chaud  charriant des grains ocres qui  fouettent le visage.

 

 

 

 

Près de la « buvette », des sacs de dattes séchées sont chargés dans une remorque en partance pour Khartoum, on nous en offre une généreuse poignée comme les soudanais savent le faire !

 

 

 

 

Sur des tables plastiques, partageant la nourriture, un univers d’hommes.

 

( "où sont les femmes ?..."  Patrick Juvet, également peu connu au Soudan!)

 

 

 

 

Suspendu au-dessus des têtes, un crocodile de belle taille, inoffensif, rappelle que le Nil, fleuve souverain sans qui  ici rien n’existe, féconde quelque part  ce néant !

 

 

 

Quelques heures plus tard, dans le flou de l’horizon, enveloppé de vapeurs dansantes, des taches de verdure, la pointe d’un minaret et quelques  habitations basses, couleur de sable, surgissent en fond d’écran :

 

« Wadi Alfa brother…W’ll arrive ! » nous annonce le Nubien.

 

 

Ce sera notre dernière halte au Soudan, l’ultime enregistrement au poste de police, la dernière nuit dans ce désert : place du marché on opte pour de supers jus de fruits, poulet grillé, houmos…

 

 

 

 

Notre repas prend une saveur spéciale, demain nous quittons la Nubie du Soudan.

 

L’Ethiopie déjà nous paraît bien lointaine, l’Egypte est à portée de main.

 

 

Nuit courte dans un hôtel « moderne » près du lac.

 

 

Il est 7h quand nous embarquons dans le bus en partance pour Aswan (s’écrit aussi Assouan), le muezzin a depuis longtemps invité à dérouler le tapis, nous sommes bien réveillés !

 

 

80 petits kilomètres séparent Wadi Alfa du poste frontière égyptien, une broutille !...Qui prendra la journée !

 

 

La sortie du Soudan est compromise par une panne d’ordinateurs (encore une !).

 

 

 Plusieurs sas de contrôle, différents paiements de taxes,  files d’attente aux guichets ;

 

 

Côté femme ça passe plus vite, elles sont beaucoup moins nombreuses !

 

 

Nous traversons à pied la faible distance entre les  deux postes d’immigration.

 

Des files de camions sont en attente  d’autorisation.

 

Parquées sous le soleil, des remorques de bovins  patientent : les vaches viennent d’Ethiopie, elles sont à destinations des abattoirs égyptiens. Toutes ne verront pas le tournebroche du kebab.

 

 

 

 

Epuisées par un si long trajet, certaines vaches s’effondrent et se cassent un membre.

 

Quelques kilomètres plus loin, en plein désert, le palan entrera  en action, elles resteront  pourrir sur le bord de la piste.

 

 

 

Coté Egyptien ça coince aussi…Et pas qu’un peu !

 

 

Il nous arrive une réelle aventure :

 

C’est la première fois que nous entrons dans un pays soumis au paiement du visa sans délier les cordons de la bourse.

 

 

Un vrai bazar ! Le service des visas n’a plus de « stickers » (finished sir, no sticker left !).

 

 

La question se pose donc de savoir ce qu’on va faire de nous !

 

 

Informations contradictoires, on nous ballade d’un poste à un autre, les fonctionnaires attendent une décision qui ne vient pas…

 

 

Finalement, après plusieurs heures d’attente, un « gradé », sans doute éclairé, nous tamponne la date d’entrée :

 

De façon manuscrite, il griffonne en langue arabe une mention  précisant que l’on devra s’acquitter du visa en quittant le pays, puisqu’il n’y a plus de visa autocollant !

 

 

Je fais traduire l’inscription par le chauffeur du bus qui semble interloqué par la procédure, mais nous assure  qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

 

 

Seuls « touristes » à bord, on remonte dans le bus, nous ne sommes pas les derniers !

 

 Nos voisins Soudanais qui veulent venir voir les grandes pyramides de plus près, sont soumis à un examen de passage serré ! La voie du lac Nasser permet de contrôler l'immigration subsaharienne.

 

 

La route va mourir au bord du lac, le bus emprunte le ferry ;

 

 

 

 

 Bientôt apparaitra le sanctuaire des Dieux, symbole de la puissance de l’Egypte en Nubie, démonstration grandiose de l’intelligence de l’homme capable d’enfanter des trésors  immortels : Les temples d’Abou Simbel !

 

 

 

 Approcher Abou Simbel  par le lac Nasser, c’est un moment d’émotion intense ! 

 

Un sentiment troublant d’avoir cette chance, une sensation de ravissement égoïste d’admirer au loin la montagne ciselé pour l’éternité !

 

Un ballet d’oies sauvages survole le lac Nasser, le chauffeur du bus m’indique au loin la roche taillée, c’est le temple de Néfertari que l’on aperçoit en premier…

 

 

 

Je lui dis que près de quarante ans auparavant, je suis venu Abou Simbel, j’ai admiré les temples, j’étais jeune…

 

 

 

Il n’est pas surpris, dans les années 80, les Français venaient nombreux dans la vallée du Nil.

 

Il a une réponse laconique :

 

 

« Vous savez…l’Egypte a changé…Beaucoup ! »

 

 

Sa voix est douce, son regard plein de tristesse.

 

" Il faut rester vivant!"

 

 

Ce soir nous dormons en Egypte, tout près  de Ramses II !

 

 

 

 

 

 

 

 



24/01/2018
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