Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Colombie 25, Maria Eusebia S..., guide à Mongui dans le paramo d'Oceta.

Colombie 25, Maria Eusebia S…, guide à Mongui dans le páramo d’Oceta.

 

 

 

 

 

 

Un peu plus haut dans les montagnes, Mongui, département du Boyacá, température moyenne 12°…

 

 

 Nous quittons les vieux pavés de la Plaza major de Villa de leyva pour rejoindre Mongui, petit village coincé dans les paysages vallonnés du Boyacá où il fait bon porter l’épais poncho de laine.

 

 

Changement de bus à Sogamoso,  ville industrielle de ce département du nord-est presqu’aussi grand que la Bretagne.

 

 

 À deux pas du vieillissant terminal de transporte publico, brille  la concession Renault-automobiles très moderne et rutilante :

 

Dans toutes les régions traversées, on ne peut pas ne pas remarquer les éternelles Renault 4L qui semblent faire une carrière défiant le temps.

 

La marque française est très bien installée en Colombie,  avec  24,5% de parts, Renault est le second constructeur automobile colombien en termes de ventes derrière Chevrolet.

 

Les voitures les plus sollicitées par le public sont la Logan et la Clio. On rencontre aussi des capture ainsi que des modèles inconnues dans l’hexagone.

 

 

 

 

 

 Le constructeur français a présenté, l'Alaskan, son premier pick-up en Colombie.

 

Une première pour la marque ! (5,31 mètres de long, 1,1 tonnes de charge utile, double cabine et un seul moteur pour l’instant, le 2.3 dci twin turbo qui équipe déjà le Renault Master, en version 160 ou 190 CV. )

 

 

 

 

 

 

En ce moment, chez Renault  on peut profiter de la promo : pour un véhicule acheté,  la marque au losange vous offre un voyage pour deux personnes pour la France !...et sans tirage au sort !

 

 

 

 

 

 

  Sogamoso n’a pas vocation de retenir le voyageur, mais tout près, un saut de puce suffit pour rejoindre à plus de 3000 mètres, la laguna de Tota, lac d’altitude  qui s’étend  dans la magnifique cordillère orientale…

 

Vent frisquet, air vif, ciel parfois chargé mais pas de quoi décourager les baigneurs…

 

 

 

 

 

Le plus grand réservoir d’eau douce du pays est surtout connu pour sa playa blanca, une vaste étendue de sable blanc prisée des Colombiens de la ville…

 

Les restaurants du « bord de  mer » déclinent forcément la truite, en veux-tu en voilà, des truites d’ailleurs d’une taille un peu bizarre…

 

 

À cette époque de l’année playa blanca est quasi déserte, c’est un peu la lune, c’est peut être aussi pour cela qu’ici certains la nomment « mar de tranquilidad… »

 

 

 

 

 

Entourées des sommets bleutés,  les eaux limpides de la lagune, parfois turquoise, masquent une réalité tout autre : l’activité agricole domine autour du lac avec une impressionnante production d’oignons qui gonflent du bulbe à coup de traitements phytotoxiques massifs !

 

 

Mêmes causes, mêmes effets : à la faveur des pluies, nombreuses dans la région, les résidus chimiques s’écoulent doucement sur les parcelles en pente qui bordent la lagune, la qualité de l’eau se dégrade, les algues occuperaient la moitié du volume lagunaire, plongeurs et pêcheurs s’en inquiètent.

 

 

 Mais certainement plus alarmant encore, le réservoir  s’assèche au fil des années :

 

En cause la détérioration du paramo, cet écosystème d’altitude qui stocke et régule l’eau, un peu comme un glacier végétal.

 

La laguna de Tota aurait ainsi perdu près de 20 km2 dans les cinquantes dernières années.

 

Alors pédale douce sur les oignons…et la trucha tambien !!

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les routes pentues qui conduisent à Mongui, avec un peu de chance, on pourrait croiser le très populaire Nairo Quintana qui a vu le jour dans un pueblito  des montagnes du Boyacá.

 

 

Le cycliste Colombien est à l’affiche dans les tiendas, c’est l’enfant du pays qui porte haut les couleurs de la Colombie !

 

 

 

 

 

 

 

Deux fois deuxième « d’el gran tour de Francia, una vuelta muy dificil !! » ici, on n’en doute pas, 2017 sera l’année Quintana en Europe avec en perspective un doublé : giro d’Italia et le prestigieux Tour de France dans l’escarcelle du montagnard de chez Movistar  et sociétaire de la formation "Boyacá es Para Vivirla »

 

 

Dans la bourgade coloniale de Mongui, ça sent le charbon, un combustible que l’on continue d’exploiter dans les mines aux alentours.

 

 

 

 

 

 

 

 Les camions charrient el carbon destiné essentiellement à l’exportation : à Mongui, à 2900 mètres, on ne se chauffe pas au charbon, d’ailleurs on ne chauffe pas du tout, sur le lit on empile les couvertures !

 

 

 

 

 

 

 Sur ces hautes terres, ce n’est ni l’odeur du charbon ni la rigueur d’un climat qui ne se dément pas  qui nous font poser nos sacs chez Victor, patron de la pension « la casona » .

 

 Le village est le point d’encrage pour une belle randonnée :

 

Souvent perdue dans les nuages en cette saison, voilà une découverte qui se mérite, mais  avec un peu de chance  le soleil éclairera  le sompteux paramo d’oceta !

 

 

Nous savons à quoi nous attendre, nous en avons eu un aperçu l’année passée en arpentant le « Cajas » au sud de l’Equateur.

 

Sur un parcours balisé, nous avions découvert ce décor fabuleux où la multiplication des lagunes peut, par manque de vigilance,  entrainer le randonneur sur des sentiers de perdition…(*)

 

 

 Le paramo d’Oceta couronne Mongui,  c’est un vaste biotope qui  vous embarque dans un univers fantastique, parfois lunaire, souvent fantomatique et sans balisage aucun…

 

 

 

 

 

 

 

Sauf  à être un randonneur expert,  le paramo n’autorise pas la "ballade" en solo !

 

 

 Gare à l’imprudence, contrairement au « Cajas », ici aucun marquage…

 

 

 Des sentiers de chèvres et de vaches qui se croisent,  des tourbières aux profils identiques qui vous égareront, des prairies ressemblantes qui habilement vous perdront, des brumes épaisses qui soudainement vont vous envelopper dans un froid oppressant….

 

 

Alors la prudence est de mise et le guide indispensable pour cette étonnante randonnée qui vous mènera à 4000 mètres dans un théâtre surréaliste !

 

 

Je ne connaissais que son prénom, on m’avait dit « Maria »…

 

 

À Mongui, tout le monde la connait !

 

 

Elle n’est pas seule comme guide dans ce village de montagne, mais elle est très populaire, autant que Quintana !

 

 

Elle me répond au téléphone dans un espagnol aisé à comprendre, dans une demi-heure elle sera à l’auberge pour nous rencontrer.

 

 

 

 

 

 

D’entrée de jeu, Maria en impose : chapeau vissé sur une chevelure noire de jais tressée, yeux rieurs éclairant un visage cuivré, corpulence robuste, elle ne perd pas son temps en présentation et va à l’essentiel :

 

« … après demain ?...oui, c’est mieux ! Demain vous irez seuls à la Peña de Oti, une jolie rando  balisée qui vous fera faire de l’altitude…

 

l’acclimatation est préférable car nous marcherons sur des crêtes à 4000 mètres…des vêtements chauds, de l’eau et de quoi s’alimenter…je viens vous chercher après le desayuno, 8h punto ! »

 

 

 

 

 

 

 

C’est un peu un tourbillon, mais une fois en route dans son paramo  natal et dans la quiétude des terres de ses ancêtres Muiscas, Maria saura nous donner cette impression rare que l’on se connait depuis belle lurette !

 

 

Maman de deux jeunes filles, un mari qui officie aussi en tant que guide (« c’est mieux que la mine de charbon ! »), Maria qui sur son temps libre fait du théâtre amateur, a su apporter cette dimension humaine qui transforme une randonnée exceptionnelle en rencontre émouvante…

 

 

 

 

 

 

 

Femme d’exception à n’en pas douter, ignorant l’église (« mais pas Jésus ! »), elle a la dent dure sur les familles descendantes des  conquistadors qu’elle continue de nommer « les Espagnols…les anciens féodaux qui perpétuent une certaine domination, qui méprisent la culture Muisca, celle dont je viens… »

 

 

« Oui, ça m’arrive de me signer devant la vieille chapelle…» ajoute-t-elle, « mais pas devant la basilique cimentée d’un mélange de terre et du sang des vaches ? Quelles vaches ? Il n’y avait pas de vaches ici avant l’arrivée des Espagnols…c’est le sang de mes ancêtres qui a scellé les pierres du monastère et de la basilique ! »

 

 

Maria a une parfaite connaissance du paramo, elle partage avec  chaleur et intelligence la sagesse des traditions Muisca et le  respect de cette terre hostile mais qui apporte beaucoup !

 

 

 

 

 

 

 

Elle transmet sa culture, évoque l’organisation sociétale matriarcale des Muisca, sa médecine naturelle et ses traditions culinaires prioritairement végétarienne.

 

 

Elle explique pourquoi ses filles, qui iront à l’université à Bogota, reviendront ici dans la maison familiale, se ressourcer, dans une maison bien à eux « Construite par mon mari et moi, le dimanche, sans personne d’autre…elle est presque terminée.. »

 

 

Maria a apporté ce supplément d’âme  qui fait qu’au retour, nous ne savons plus très bien qui de la rando ou du guide nous garderons le plus en mémoire !

 

 

 


 

 

 

Nous terminerons la journée en visitant « una fabrica de balones » :

 

 Dans la vingtaine d’entreprises spécialisées, un quart des 4.900 habitants de Mongui fabrique des ballons de football.

 

 

 

 

 

 

Pour des commandes particulières, les ouvrier(e)s  qui ont le savoir-faire cousent  encore à la main, une technique adoptée par Mongui dans les années 1930.

 

 

La belle époque  des années 70 est semble-t-il révolue, le « cousu main » n’aura pas résisté au déferlement des ballons chinois thermocollés.

 

 

En raison de « l’agilité de la main féminine », précision du patron, ce sont essentiellement des femmes qui travaillent dans ces ateliers à l’odeur de colle et de latex qui monte à la tête…

 

 

 

 

 

Un boulot difficile, dans des conditions précaires et bien entendu peu payé !

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ballons ne font guère rêver Maria qui connait la visite par cœur…Son esprit est ailleurs, là-haut sans doute dans les brumes du paramo d’Oceta...

 

en totale liberté !

 

Le paramo d’Oceta pratique :

 

Le paramo est un biotope qui ne peut exister que dans les régions proches de l’Equateur, entre 3.000 et 4000 mètres d’altitude, plus de 50 % du paramo mondial se trouve en Colombie.

 

 

 

 

 

Départ de Mongui. Plusieurs itinéraires possibles en fonction de la météo et de la capacité du marcheur ;

 

La rando classique compte 18 à 20 km, passages à 4000 mètres. Dénivelé positif 1000 mètres (de 3000 à 4000), compter 8h de marche.

 

On ne vous oblige pas à embaucher un guide, l’accès au paramo est libre, mais seul vous risquez gros…

 

 

Pour accéder au paramo vous devez traverser de nombreuses parcelles privées, les guides sont autorisés à emprunter des chemins traversant les fincas  et connaissent les bons trajets qu’ils adaptent à une météo très rapidement changeante : on peut passer de l’été à l’hiver en quelques minutes !

 

 

 

 

 

 

Très souvent froid et humide, le paramo peut être très piégeux. On évolue dans des paysages de tourbières et de prairies d’altitude plantées de frailejons, buissons aux fleurs jaunes  que l’on retrouve également sur le trek du Kilimandjaro en Tanzanie.

 

 

L’époque la meilleure serait de Juin à fin aout et Janvier, mais avec de la chance le reste de l’année de belles fenêtres météo laisseront apparaitre la féérie de couleurs d’une toundra alpine. 

 

 

L’endroit est magique, c’est un site d’une grande beauté et pour l’instant encore vierge de toute pollution humaine (presque !)...

 

 

Depuis l’évangélisation sanglante des Espagnols qui ont introduit chevaux, moutons et vaches, auparavant inexistants, cette version de « virginité » est contestée…

 

l’impact des animaux dans le paramo ne serait pas neutre.

 

 

 

 

 

 

Vêtements de montagne nécessaires, ça peut cailler sec ! 

 

 

(*) Saison 2, Equateur 11, le monde insolite du « Parque Nacional de Cajas »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



08/04/2017
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