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Thaïlande, Prostitution2

 

Courrier International et "le Monde.fr" 14 Février 2011

 

THAÏLANDE • Prostituées mais patronnes

 

Pour échapper à l’exploitation, des prostituées thailandaises ont fondé leur propre bar à filles. Grâce à des règles de fonctionnement différentes, plus dignes, l’établissement veut montrer que la prostitution est un service comme un autre, écrit Global Post.

 

Le "Can Do Bar" de Chiang Mai, Thaïlande

 

Paru dans :

 

chiangmai-news.com

 

 

Le Can Do n’a rien à voir avec les bars à filles thaïlandais qui apparaissent dans les récits des marins. Ici, pas de “mama-san”, mère maquerelle, qui pousse ces demoiselles vers leurs clients. Le volume de la musique ne perfore pas les tympans et les employées sont vêtues comme des étudiantes : jeans, tee-shirts et baskets.

Ne vous y trompez pas. L’équipe du bar se compose d’une trentaine de femmes qui ont des relations sexuelles tarifées avec des hommes. Mais il n’y a pas de souteneur. Ce sont les filles elles-mêmes qui gèrent l’établissement et elles partagent les bénéfices. “Pour certains types, ça compte que nous vivions dans de bonnes conditions, que nous n’ayons pas un mauvais patron,” explique Mai, prostituée de 25 ans à la frange châtain et aux yeux de biche. “C’est pour ça qu’ils préfèrent venir ici.”

Les auto-entrepreneuses du Can Do parlent de “prostitution expérimentale”. L’hypothèse est simple : si un bar à hôtesses contourne les pratiques brutales du secteur – “si tu prends du poids, t’es virée” ou “c’est un régulier, tu ne  peux pas refuser” –, il fera la preuve que le commerce du sexe ne repose pas sur l’exploitation.

“En général, la société thaïlandaise nous considère comme des prostituées qui vendent leur corps, explique Mai. Pourquoi ne peut-elle pas se dire que c’est comme de vendre des voitures ? Nous sommes simplement là pour offrir un service.”

Pour apprécier le modèle commercial du Can Do, il faut comprendre le fonctionnement des bars à filles en Thaïlande. Dans les bars, les travailleuses du sexe ont deux manières de gagner de l’argent. La première consiste à se faire offrir des “boissons pour dames”, cocktails coupés d’eau et surtaxés. Les entraîneuses gagnent environ 1 dollar par boisson.

Mais leur principale source de revenus, c’est le sexe tarifé, qui coûte entre 30 et 50 dollars la passe et se pratique à distance du bar. La travailleuse du sexe garde cet argent mais, pour quitter le bar pendant un moment, elle doit verser environ 15 dollars au propriétaire. Appelé “amende de bar”, ce prélèvement permet de contourner la loi anti-prostitution thaïlandaise, la transaction ayant lieu en dehors du périmètre du bar.

Le modèle du Can Do est le même, à ceci près que les clients ne peuvent pas obliger les filles à boire de l’alcool (elles préfèrent les jus de fruits) et qu’il n’y a pas d’amende de bar.

Ne pas prélever l’amende de bar, source de revenus essentielle, handicape le Can Do par rapport à la concurrence. Sans compter que les prostituées ne sont pas soumises aux pénalités courantes dans d’autres bars, comme les réductions de salaire pour celles qui n’ont pas rempli les quotas mensuels de boissons pour dames.

En outre, les travailleuses du Can Do ont un jour de repos par semaine et deux semaines de congés annuels, alors que la plupart des bars attendent des filles qu’elles travaillent sept jours par semaine, avec très peu de congés chaque année. Si, pour l’instant, la situation financière du bar n’est guère florissante, ses fondatrices se targuent d’avoir prouvé que prostitution et éthique n’étaient pas inconciliables.


Les féministes thaïlandaises sont loin d’être convaincues. “Elles auront beau dire, la prostitution n’est pas un travail comme un autre : le corps de la femme n’est pas une marchandise, proteste Virada Somswasdi, l’une des universitaires les plus en vue du pays. Les prostituées ne sont pas des délinquantes, rappelle-t-elle. Mais elles sont exploitées. “Nous devons aborder ce sujet différemment.”

Le Can Do s’est également attiré les foudres des opposants à la prostitution. Et la stigmatisation de ce commerce n’est pas facile à gérer au quotidien. “Pour la société thaïlandaise, nous sommes des parias, dit Mai. Les gens de mon quartier me disent : ‘Tu ne peux pas trouver un autre boulot ?’”

Même s’il est probable que le Can Do ne fera jamais fortune, ses hôtesses espèrent que le commerce du sexe deviendra une profession à part entière, avec des compétences reconnues. “Ne croyez pas que nous allions directement à l’hôtel, explique Pae. Il faut d’abord mettre le type à l’aise, le faire sourire. On va manger ou danser. Et, au bout du compte, sur une journée de huit heures, il n’y a que cinq minutes de sexe.”

CAN DO BAR — Modèle économique.

Contrairement à ses concurrents, le Can Do Bar n’est pas une réussite économique. Ses résultats restent modestes. Il n’en reste pas moins que l’initiative d’autogestion de ces prostituées soulève des espoirs parmi les travailleuses du sexe dans le pays. La Thaïlande compterait quelque 77 000 prostitué(e)s selon les estimations du gouvernement, et plutôt 300 000 selon des ONG. Le Can Do, qui a été créé voilà cinq ans avec l’aide d’une organisation militante de travailleurs du sexe, Empower, s’est donné dix ans pour rentabiliser l’affaire. Les filles ont réuni 30 000 dollars [22 000 euros] de leur poche pour ouvrir le bar.



11/01/2013
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