Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Ouganda: le "Matatu"

Le « matatu » Ougandais :

On l’appelle « Dalla-Dalla » en Tanzanie, « Taxis » au Rwanda et ici en Ouganda c’est le « Matatu ». Qui n’a pas emprunté au moins une fois dans sa vie ce mode de transport se prive d’une expérience hors du commun ! L’étranger  qui en connait la pratique cherche souvent à éviter d’en  renouveler l’usage ! Mais parfois il  n’y a pas d’autre choix possible, alors reste le « matatu » qu’on regarde avec respect, car on sait par avance que c’est lui qui décide du degré de douleur que l’on va endurer.

 

C’est un bus qui nous dépose à Kasese, agglomération poussiéreuse du sud-ouest de l’Ouganda, située aux portes du Parc National « Queen Elizabeth ».

 

 L’arrêt à kasese a perdu de son intérêt  depuis l’abandon de la ligne de chemin de fer reliant Kampala  à cette ville en déclin. Les voyageurs ne s’attardent guère sur cette place surdimensionnée où s’éparpillent quelques bus et « matatus ». Les larges rues de terre battue du centre-ville, bordées d’échoppe basses, autrefois protégées du soleil par des bâches flottantes maintenant déchirées, pourraient offrir un très bon décor pour western Africain !

 

Dans cette ville endormie, on se dit qu’aussitôt arrivé, plus vite reparti  sera le mieux ! Il nous reste donc à trouver un bus qui nous poussera à Mbarara, passage obligé pour rejoindre le sud du pays. Hélas, tous les bus assurant la relation avec Kampala bourlinguent par la route du nord… Nous comprenons assez vite que la seule option possible vers le sud reste le « matatu » !

 

Ils sont là, devant nous, hayons ouverts prêts à l’entassement des bagages. Les contrôleurs de chaque « matatu », carnet à souches dans une main, liasse de billets dans l’autre, chassent le client  pour remplir au plus vite les onze places offertes du minibus Toyota. Celui que nous avons choisi ne semble pas trop mal, les sièges usagés paraissent satisfaisants.

 

Maintenant c’est une longue attente qui commence, il faut trouver le maximum de clients, de préférence pour une destination éloignée avec « pas trop de bagages » (pas trop de bagages en Afrique, c’est une gageure !). Au bout de deux heures de mûrissement sous la chaleur et de nombreuses négociations sur le choix du client et de ses paquets, le « matatu » peut partir…le moteur est en route, mais c’est un faux départ …on ne quitte pas Kasese à quinze clients pour onze prévus (les bébés dans les bras des jeunes mamans ne comptent pas), alors le chauffeur fait un tour de piste sur la place, le contrôleur en équilibre sur le strapontin, porte latérale grande ouverte harangue l’éventuel client à destination de Mbarara . Deux de plus s’écrasent  dans l’habitacle comme ils peuvent…il faut s’arrêter à nouveau pour «  mieux » positionner les plus gros, caller un gamin sur les genoux d’un autre, déplacer un paquet mal rangé sous un siège…enfin la porte coulissante claque et nous nous nous dirigeons vers la route nationale…pas tout à fait, en fait on s’arrête à la pompe à essence ! Personne ne dit mot sur l’attente, certains dorment, d’autres s’épongent….

Attendre c’est la règle ! Nous quittons la station « Total », et  à ma grande surprise le« matatu » ne prend pas la route bitumée mais retourne sur le parc à bus  soulever à nouveau la poussière.  Le chauffeur coupe le moteur, mauvais  signe ! Nous ne sommes pas partis ! Un échange d’argent s’effectue entre le contrôleur et un responsable de  l’agence qui reste sur place. A l’aide d’une ficelle le contrôleur fixe un matelas mousse roulé dans un plastique troué…ce détail a toute son importance pour la suite du voyage…

 

Nous sommes enfin sur la Nationale…. quelques passages au ralenti en sortie de ville afin de vérifier qu’il n’y aurait pas un ou deux nouveaux clients qui trainent ici ou là, et le chauffeur se met à rouler plein gaz vers les sud. Nous sommes Dix-neuf, chauffeur inclus !

 

La route nationale qui mène de kasese à Mbarara traverse le Parc National « Queen Elisabeth », c’est une route avec de longues portions de lignes droites émaillées de terribles ralentisseurs obligeant  les véhicules  à franchir au pas ces triples boudins…à l’arrière du « matatu » où nous sommes scotchés, genoux plantés dans les dossiers des sièges de nos voisins, un espace libre dans la vitre latérale nous réserve un échantillonnage de la savane et de ces immenses étendues herbeuses : Babouins en famille le long de la route, éléphants sous l’ombre d’arbres parasols et antilopes  galopantes à bonne distance de la route.

 

A la sortie du parc, la route s’élève et gagne une  région de collines plantées d’eucalyptus ondoyant dans la brise. De nombreux versants déboisés ont permis le développement de vastes plantations de thé dominant des valons où dorment de petits lacs. Le paysage est apaisant.

 

Le « matatu » assure son service publique en déposant de villages en villages les  clients comprimés et heureux d’arriver à destination…le contrôleur n’oublie pas de remplir à nouveau le « matatu » par des locaux effectuant des sauts de puces mais générant une menue monnaie ! En cours de route, le carnet à souche a disparu, terminé la délivrance de billets! on s’échange l’argent de main à la main après avoir négocié le prix du trajet…

 

Comme tous les jours en milieu d’après-midi, le ciel se noircit  et les premières grosses gouttes de pluie ne tardent  pas à s’écraser sur le pare-brise fendu du  Toyota…une discussion animée s’empare des voyageurs, le contrôleur hésite puis demande au chauffeur de stopper…

Avant que l’orage n’éclate, le contrôleur libère de sa ficelle le matelas qui brinqueballait au cul du véhicule…là nous comprenons qu’il va falloir faire entrer le matelas dans le « matatu » !...et ça marche ! Les cinq voyageurs compactés sur  les  trois sièges de la deuxième travée vont incliner la tête et supporter à la façon d’un airbag déclenché, le matelas leur écrasant la figure ! Ma voisine, allaitant son bébé, m’ayant confié un instant ses bassines plastiques, esquisse un sourire, mesurant la chance de n’être pas au deuxième rang ! Le matelas touchant le plafond du minibus, nous n’avons plus que le tissu imprimé du coutil pour ligne d’horizon, on ne voit plus la route !

 

L’approche de Mbarara est chaotique, de fréquents « check point » de police, entravant la chaussée à l’aide de herses, imposent des passages au ralenti.  Notre « matatu » n’échappera pas au contrôle, le conducteur gare son véhicule sans couper le moteur. De la vitre latérale, Marie observera le chauffeur aller à la rencontre de la policière souriante…dans un échange de poignée de mains rapide pour se saluer, la fonctionnaire va récupérer les quelques billets roulés dans la paume du chauffeur, l’inspection du véhicule sera  abandonné  et le bakchich(*) discrètement glissé dans la poche  de l’uniforme !

 

C’est en fin de journée que nous arrivons dans la ville bourdonnante de Mbarara, la porte du Sud Ougandais…le crépuscule pointe déjà derrière les immeubles éternellement inachevés. Epuisés et collants de sueur, nous trouvons vite un hôtel qui fera l’affaire pour la nuit. Sur la terrasse nous savourons (et c’est peu dire !) la « Nile spéciale », bière Ougandaise mise en bouteille pour célébrer le cinquantenaire de l’indépendance.

 

 

(*)L’Ouganda a de nombreux défis à relever, taux de chômage élevé, natalité incontrôlable et une corruption qui gangrène les institutions. En ce moment les journaux rapportent un énorme scandale affectant des cadres  du Ministère du Travail et de l’emploi. Pas moins de 400 emplois fictifs viennent d’être dévoilés provoquant des détournements de fonds publics considérables et impactant d’autant l’aide international (les USA, le royaume Uni, principaux bailleurs de fonds du pays apprécieront !...ou alors fermeront les yeux !)

Au quotidien cette corruption n’est pas ressentie par le touriste. Ici, le prix est affiché quasiment partout, il n’y a  pas de tarif spécial « zumgu », les blancs payent le même prix que les locaux y compris sur les marchés. La chapati (galette de maïs excellente) est à 500 shillings pour tout le monde ! (1Euro = 3250 shillings).Il faut cependant négocier le prix des taxis « clandestins », mais ça c’est partout. Ce qui frappe le plus, c’est l’extrême gentillesse des Ougandais, leur grande obligeance, l’excellence de l’accueil dans les services (bar, resto, guesthouse, hôtel…). En Ouganda, les enfants pourtant si nombreux, ne quémandent pas auprès des touristes, les mendiants sont rares, évidemment ce n’est pas pour cela que la misère n’existe pas mais elle se fait discrète….

 



24/09/2012
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