Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Cuba 9, Santa Clara, ici repose El Che !...

Cuba 9, Santa Clara, Ici repose El Che !…

 

 

 

 « Dolores, Dolores… Pourquoi tant de noirs, hommes ou femmes, s'appellent-ils Dolores ? Peut-être, sûrement, parce que ces esclaves n'avaient pas d'autres moyens de clamer leur douleur ; une douleur sans sexe, une douleur aussi longue que leur propre vie, une douleur qui durerait aussi longtemps que leur propre nom.

Dolores, Dolores, en donnant ce nom à leurs enfants, les parents anticipaient, avec une prémonition fatidique, la signification de toute leur existence, douleurs, douleurs… Elle se nommait Dolores, un nom bien choisi, car toute son histoire passée et présente était douleur. »

 

« La colline de l’ange » Reinaldo Arenas (Extrait)

 

 

En quittant  Holguin à 20H20 nous  expérimentons  un bus de nuit pour la première fois. La compagnie « Viazul », longtemps réservée aux seuls touristes visitant l’île,  voit peu à peu les Cubains  arriver dans ses salles d’attente. Le bus en provenance de Santiago et à destination de La Havane ne comptera que deux touristes, nous ! Les autres passagers sont tous Cubains, encore un signe qui ne trompe pas, Cuba bouge,  Cuba change doucement, car le prix d’un billet de Santiago à Habana  vaut  plus de 50 cuc, soit deux mois d’un salaire moyen !

 

Bus confortable, siège inclinable, climatisation parfaite, la télévision de l'allée centrale diffuse un clip moderne d’une chanteuse Cubaine  reprenant la populaire « Che Commandante ! »

 

Je me demande si ces références au passé, sans cesse imposées, nourrissent-elles toujours un impact sur les jeunes  Cubains ? En tous les cas, la jeune  femme installée à notre droite ne quittera pas des yeux le portrait du Che qui apparaissait en transparence  derrière la chanteuse à l’écran. Était-ce El Che ou la chanteuse qu’elle regardait ?

 

Vers 5h30, le bus entre en gare routière de Santa Clara, on achève notre nuit sur les sièges en aluminium de la salle d’attente. On sort de là pas très frais.

 

 Pour frapper à la porte de la « casa » conseillée par Dalucia, nous attendrons le petit matin.  Le propriétaire Orlando, visage carré, allure déterminée, nous reçoit bide à l’air, c’est vrai qu’il fait déjà très chaud !

 

 Derrière le Cubain décidé, s’ouvre une vaste maison coloniale, c’est dans un musée que nous pénétrons ; long corridor au carrelage étincelant  menant à un patio ombragé, murmure d’une fontaine apaisante, chambres spacieuses dotées de tableaux de maîtres ; Ici et là , endormis sur des consoles d’époque, vases Lalique et lampes de chevet en pâte de verre… Cernant le patio, un délicat cortège de verdure  combat la chaleur de la journée. Pas un seul brin de poussière susceptible de contrarier  le visiteur.

 

Après une nuit dans le bus, nous arrivons « crassous » et un peu collant de sueur, ça fait désordre ! On ne peut pas décemment accepter les fauteuils  qu’on nous propose et on fait gaffe où poser les sacs : nous négocions le prix debout, c’est meilleur, je dépasse Orlando d’une tête ! (ne jamais être assis pour négocier !)

 

Orlando  tient bon sur les prix, il connait la valeur de sa « casa », mais je sais que 3 chambres sur 4 sont inoccupées. De 28 Cuc nous tombons à 23 mais sans le  desayuno, je lui propose 20, petit-déjeuner inclus et je sens que ça coince…Orlando n’est pas d’accord…Il me dit que là ce n’est pas possible !  Dommage, la « casa es muy bueno»  mais nous allons aller voir ailleurs !…  

 

Il nous retient, Ok pour 23 avec le petit- déjeuner, me dit-il !, je tire alors ma dernière cartouche : et si on reste 3, voire 4 nuits ? Orlando baisse la garde, écarte les bras au ciel, hésite et me tend la main : « de acuerdo ! », 60 pour 3 nuits petit dej inclus !

 

 Franchement, nous n’avions pas envie de quitter cette « casa » tant le charme opère de suite !

 

 Bien située à proximité du  Parque Vidal, la « casa » est un véritable oasis de tranquillité au cœur de la ville. Nous avons savouré pleinement notre séjour chez Orlando. Superbes petits déjeuners,  savoureux  diners aux chandelles (coupure d’électricité !), nous avons adoré les poissons grillés  préparés par son épouse, servi dans le patio muy romantico comme Orlando aime à souligner !

 

C’est dans cette ville universitaire que les nouvelles tendances, semble-t-il, s’affirment. La turbulente  jeunesse  de Santa Clara  bouscule  les schémas  vieillissants des autorités révolutionnaires.

 

Spectacles de travestis, concerts « Hard Rock », théâtres non conformistes font de la cité un réservoir de contestataires.

 

Des rebelles à Cuba ? Porqué no ?

 

Rebelle parmi les rebelles,  El Che,  l’icône la plus célèbre d’entre eux repose dans un mausolée sobre et émouvant.

Dans cette chapelle sans eau bénite, parfaitement mise en scène, pas besoin d’être communiste pour éprouver le poids de l’histoire, inutile non plus d’adhérer à une certaine idéologie pour mesurer l’engagement de Guevara et de ses compagnons.

 

 Dogmatisme agaçant penseront certains, mais sans tomber dans l’angélisme, on ne quitte pas ce mausolée sans s’interroger sur la foi qui anima cette poignée de combattants idéalistes qui rêvaient d’un autre monde, d’un autre modèle…

 

Le combat fut inégal, en face ils étaient trop forts.

 

Le lieu est digne, on y sent même une certaine réserve, le silence naturellement s’impose, l’endroit force le respect ! (photos interdites)

 

Dans le musée jouxtant le mausolée, de nombreuses photos historiques attestent que l’Argentin, médecin asthmatique de son état,  était amateur de cigare ! El Che grillait  chaque jour el puro !

 

Exécuté par la CIA en 1967 sous des balles Boliviennes, le corps du Che sera identifié avec 17 autres  combattants lors de la mise à jour d’une tombe collective en 1997 en Bolivie…

Les dépouilles seront transférées à  Santa Clara dans ce mausolée, réplique d'une grotte des montagnes de Bolivie, planque habituelle des rebelles.

 

El Che aurait aujourd’hui 87 ans. Pourrait-il encore en griller un avec Fidel (Y Raùl también !) ?...ou serait-il devenu vieux despote comme…tant d’autres !

 

Santa Clara conserve aussi sur le lieu de combat, le fameux train blindé du gouvernement Batista que le Che fit dérailler fin décembre 58 ; fait d’armes décisif menant à la victoire finale.

 

Nous avions prévu à Santa Clara, la visite de la Fabrica de Tabacos, réputée être une des meilleures du pays.

La météo en a décidé autrement, la pluie a copieusement arrosée la ville et les jours d’humidité la visite du processus de fabrication des cigares n’est pas possible.

En ce moment, la Fabrica  élabore des Monte-cristos. C’est l’importance de la demande à un moment donné qui détermine le choix du produit confectionné. En fonction du stock, essentiellement destiné à l’exportation, les Fabricas s’adaptent : Partagas,  Coïba, Romeo Y Julietta….  

 

à ne pas confondre avec les Fabricas Nacionales qui elles roulent un cigare de qualité bien inférieure…

 

Autour de l’agréable parque Vidal,  quelques cafés encadrent des édifices historiques de la ville ;  propices à la détente, les terrasses invitent au mojito ou au Cuba Libre.

 

  En fin de journée, nous avons assisté à une scène étonnante. Devant notre verre planté d’une feuille de menthe, un clochard pas encore vieux mais plus très jeune, terriblement osseux et sale, a débarqué : ne portant qu’un bermuda cradingue, sans ceinture, pas même une ficelle pour serrer sa taille squelettique, il maintenait tant bien que mal sa loque d’une main, chacun de ses pas hésitants  dévoilant son malheureux cul nu informe.

Les serveurs l’ont tranquillement invité à ne pas importuner les clients… Sous le regard tolérant des employés, le misérable a gravi les marches menant à la terrasse supérieure où trône la cafeteria ; Quelques instants après il redescendait l’escalier, toujours en tenant d’une main ce qui lui servait de short, et dans l’autre un consistant sandwich. Tout cela s’est déroulé sans menace, sans cri, sans mépris et sans jugement. À ce moment-là, la magnifique cendre de mon cigare qui résistait fièrement s'effondra à côté du cendrier, mon mojito fût épargné de peu!

 

 

Le lendemain, nous apercevrons  le pauvre bougre à nouveau, dormant accroupi sous des arcades du parc : il était vêtu d’un short propre et d’un tricot en très bon état.

 

Dolores, dolores !

 

Octobre 2015, año 57 de la révolucion !



12/11/2015
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