Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

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Cuba 13, la Havane, délabrée, déglinguée mais somptueuse!

Cuba 13, La Havane, délabrée, déglinguée mais somptueuse !

 

 

 

 

 « Mis hermanos Negros de La Habana, Negros del continente, al nuevo mundo habeis dado,

     La sal que le faltaba, sin Negros no respiran los tambores y sin Negros no suenan las guitaras  »

                                                               Pablo Neruda

 

 

 

 Chaque jour un mur s’écroule à La Havane. Statistique non vérifiée mais c’est ce qui est communément admis.

 

 

 Dans la calle San Raphael près de notre « casa », une façade s’est effondrée le jour même de la venue du Pape…Par « miracle » me dit un voisin dépité, il n’y a pas eu de victime !

 

 Avec ces immeubles éventrés à ciel ouvert, La Havane peut faire parfois penser à un champ de ruines.

 

Comme dans un réflexe absolu de survie, la végétation s’implante dans les balafres béantes des murs lézardés.

 

 Sur de fragiles balcons aux cicatrices anciennes  s’enracinent  des arbres de petite taille qui regardent le ciel. La décrépitude de certains quartiers  conserve encore le souvenir d’une grandeur engloutie par les assauts du temps.

 

Les violences climatiques que subit la ville ne font qu’empirer une situation au devenir incertain.

L’embargo Américain privant Cuba de matières premières aggrave un contexte alarmant.

 

 

Le chantier est titanesque !

 

 

La Havane, majesté humiliée, touchée au cœur mais somptueuse !

 

 

Habana Vieja s’en sort bien : la ville, grâce au soutien de l’Unesco et de capitaux étrangers, a remis en lumière les joyaux architecturaux du centre historique. Le visiteur arpente une cité flamboyante.

 

 C’est dans un périmètre très court que resplendissent  le baroque Cubain, les édifices  Art Déco et l’architecture coloniale…La ballade se fait à pied en débutant par la cathédrale  San Cristobal pour s’achever Plazza Vieja.

 

 On peut y passer la journée et s’écrouler dans un fauteuil de l’unique brasserie de la ville, la Factoria, qui sert une excellente bière !

 

Le pub, ouvert par une société autrichienne, brasse sa propre bière depuis 2004.

 

 

Un frémissement d’enseignes de luxe fait vibrer Habana Vieja, Louis Vuitton a fait des repérages et  Chanel présentera  un défilé de mode début 2016.

 

Dans un marché prometteur mais risqué, les Suisses  s’installent, affichant Victor Inox et les montres Cuervo y Sobrinos jusqu’à 12 000 US $ la tocante !

 

 L’immense majorité des Cubains n’aura guère l’occasion de pousser la porte de ces boutiques, mais le grisant parfum de la Vitamina Verde (le dollar) est  bien là, dans la poche de touristes de plus en plus nombreux et aisés.

 

 

 Peu importe ce qu’en pensent les Habanéros, c’est Lancôme qui l’assure : dans la vitrine d’une parfumerie où sans malaise les flacons les plus raffinés s’exposent, sur une publicité géante se proclame en français : «La vie est belle ! »

 

 

 Dans ce centre historique, magnifiquement restauré, on se plait à imaginer  Ernest Hemingway déambulant entre deux ou trois bistros…

 

La Bodeguita del Medio  a su récupérer la passion de l’écrivain pour le rhum  et vend les mojitos et daiquiris à des prix inflationnistes.

 

 Autre pèlerinage incontournable, déjà prisé des expatriés Américains après la première guerre mondiale, c’est de pousser la porte (en fait c’est un portier qui ouvre et qui jauge si on peut se tasser encore un peu plus !) du Floridita.

 

Une très belle statue d’Hemingway est accoudée au bar, Marie s’acoquinera avec l’homme de lettres l’espace d’un moment, le temps nécessaire à la traditionnelle photo !

 

À ta santé Ernest !… Mort, l’amateur de rhum et géniteur du « Vieil homme et la mer » continue à rapporter gros dans l’île  « Rouge » !

 

 

Nous avions le temps d’approfondir la ville,  ce fut l’occasion de profiter de l’atmosphère climatisée du Museo Nacional de Bellas Artes  qui se prête magnifiquement à la découverte de l’Arte Cubano.

 

Trois étages qui se visitent à la manière du Guggenheim à New York, on débute par le dernier étage pour terminer au rez-de-chaussée : diversité des époques, du XVIème aux années 80, splendide tour d’horizon du talent et de la créativité des artistes Cubains !

 

 

Habana Vieja et Centro Habana  s’articulent de part et d’autre du Paséo Marti que les Habanéros nomment  El Prado.

 

À chaque extrémité, des lions, immobiles sentinelles de bronze, encadrent cette  élégante promenade ombragée qui termine sa course rectiligne pour s’unir au Malecon.

 

Le Malecon, front de mer bétonné, interminable digue de huit kilomètres  estropiée par les vagues, abrite passions, espoirs et vague à l’âme des Habanéros.

 

Séparée de la Floride  par  une mer sans bateau, La Havane, derrière cet ultime rempart, toise l’affameur Gringo qui rêve de retrouver ses bordels et casinos du temps d’avant la révolucion.

 

Lieu de rencontre de la jeunesse, symbole d’une liberté confisquée, le Malecon  est aussi l’endroit de prédilection des poseurs de lignes ; les pêcheurs ne sont pas les seuls à hameçonner : le soir venu les  jineteras entrent en scène façon danseuses de salsa...

 

Témoin privilégiée de la révolution Cubaine, Agnès Varda, dans son documentaire « Salut les Cubains », remarquait les corps des femmes Cubaines en forme de « S », métaphore pertinente confirmée chaque soir sur ce Malecon  qui ondule au rythme du déhanchement de ces jeunes femmes en quête d’amour tarifé.

 

 

Au loin vers le Vedado, quartier résidentiel qui compte de superbes hôtels particuliers, resplendit l’hôtel Nacional qui, sans pâlir, traverse les époques et les bouleversements emblématiques de la ville.

 

 Edifice luxueux,  construit dans les années 30 dans un style Art Déco et néoclassique, il est  devenu monument National. C’est dans ce palace que les fameux Meyer Lanski et Lucky Luciano organisèrent, sous la couverture d’un concert de Frank Sinatra, une messe basse rassemblant les plus gros truands  de la mafia américaine du moment…

 

L’hôtel a accueilli récemment François Hollande lors de son séjour à Cuba, du coup  voilà le portrait de notre François  trônant aux côtés des plus grands de la planète et en compagnie des illustres bandits  en tout genre !

 

Tout près, l’ancien Havana Hilton rebaptisé « Havana Libre » par les Barbudos révolutionnaires, servit de  quartier général au lider Maximo, qui du haut  d’une luxueuse suite du 24ém étage, dirigea le pays durant les premiers mois de la révolution.

 

L’immeuble est laid, l’hôtel certainement moderne pour son époque est devenu vieillissant, les plantes vertes agonisent par endroit…François a eu raison de choisir le Nacional au charme incomparable !

 

 

Après une demi-sieste dans les confortables (quand même !) salons climatisés du Habana Libre, retour dans la tourmente de la ville, chaleur étouffante dans la calle 23, plus connue sous le nom de « la Rampa ».

 

Ici se concentrent cinémas, studios, bars et cabarets… paradis des noctambules qui veulent s’étourdir un brin pour pimenter leur séjour dans la jouisseuse Habana.

 

 

Je souhaitais déambuler dans cette artère animée du Vedado, car j’avais dans la tête les écrits fabuleux de Guillermo Cabrera Infante* magnifiant une vie havanaise menée à cent à l’heure !

 

Sulfureux ciseleur de la littérature Cubaine, il traine sa gueule de bois au lendemain de nuits éternelles peuplées d’aventures rocambolesques dans la ville caliente.

 

Véritable Roméo aux innombrables  Juliette, Cabrera* butine toutes les fleurs qu’il croise ; il hante les salles de cinéma  pour des dragues éphémères, toujours sur le fil du rasoir, étourdissant, le funambule  des mots décrit la rampa des années cinquante avec une liberté de ton alliant désespoir, nostalgie et passion !

 

Simplement magnifique !

 

Mais c’était les années cinquante ! La rampa d’aujourd’hui a bien changé ! Je n’ai pas retrouvé Cabrera rôdant dans la rampa d’aujourd’hui.

 

 

On ne quitte pas La Havane sans  gouter la musique cubaine… le choix est vaste, nous n’irons pas très loin pour en profiter.

 

Près de notre « casa », dans la calle San Miguel, « el patio » propose chaque soirée des concerts ; le lieu est très Cubain, peu de touriste s’y aventure.

Petite salle, droit d’entrée 5 Cuc, rhum à prix local, chaude ambiance  et concerts à la hauteur de l’attente !

 

Enivrante Havana, chaque jour un peu plus surprenante, chaque nuit un peu plus  fascinante !

 

Il faudra bien pourtant nous séparer…Mettre un terme au bonheur des rencontres dans cette île magique et boucler nos sacs pour de nouveaux horizons…

 

Séquence émotion, on y échappe pas, en quittant Clara et Alberto qui nous souhaitent bonne route.

 

Demain nous partirons pour la Jamaïque avec un passage obligé à Grand Caïman.

 

Merveilleuse Cuba, nous la regrettons déjà, une authentique destination de charme !

 

*Guillermo Cabrera Infante : « Trois tristes tigres », « La havane pour un infante défunt » collection poche.

 

 Octobre 2015, año 57 de la révolucion !



18/11/2015
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