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Cambodge 1 Bis, article de presse

Au Cambodge, le tribunal spécial "déçu" après la mort d'Ieng Sary

Le Monde.fr | 14.03.2013 à 20h18 Par Adrien Le Gal

 

 

 

La nouvelle avait beau être attendue en raison de l'état de santé de l'accusé, la mort d'Ieng Sary, le 14 mars, à Phnom Penh, n'en provoque pas moins la frustration parmi le personnel des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), juridiction copilotée par les Nations unies et Phnom Penh pour juger les crimes commis sous le Kampuchéa démocratique (entre 1,7 million et 2 millions de morts entre 1975 et 1979).

"Nous sommes déçus de ne pas pouvoir achever le processus de jugement, tout comme le sont les victimes des Khmers rouges, indique Neth Pheaktra, attaché de presse du tribunal. Conformément à la loi cambodgienne, toutes les accusations contre Ieng Sary sont éteintes. Mais cette nouvelle n'affecte pas le processus en cours à l'encontre de Nuon Chea et Khieu Samphan, les deux autres accusés."

FUNÉRAILLES DANS UN ANCIEN FIEF KHMER ROUGE

La mort d'Ieng Sary survient six mois après la remise en liberté de son épouse, Ieng Thirith, ancienne ministre des affaires sociales sous les Khmers rouges, également accusée d'avoir participé à des crimes contre l'humanité. Celle-ci, frappée de démence sénile, avait été jugée inapte à comparaître.

Le corps d'Ieng Sary a été remis à sa famille afin d'être acheminé vers Malai, un ancien fief khmer rouge proche de la frontière thaïlandaise, où auront lieu ses funérailles dans les prochains jours.

 

La potion est amère pour les victimes, dont les espérances de voir les chefs khmers rouges condamnés s'amenuisent, plus de trente ans après les faits. "Avec la mort de Ieng Sary, beaucoup de questions sur sa participation aux purges et sur son rôle dans la mise en place du système khmer rouge ne pourront pas être posées", souligne Olivier Bahougne, avocat français représentant notamment des parties civiles Cham, une minorité ethnique musulmane persécutée entre 1975 et 1979. Me Bahougne redoute aussi que Khieu Samphan (81 ans), l'ex-chef d'Etat des Khmers rouges, et Nuon Chea (86 ans), leur idéologue, ne profitent de la mort d'Ieng Sary pour minimiser leur propre rôle.

CONDAMNÉ À MORT EN 1979

Ieng Sary, ancien chef de la diplomatie khmère rouge et "frère n° 3" du régime, a longtemps cru échapper à la procédure en cours pour juger les ex-dirigeants Khmers rouges. En août 1979, neuf mois après le renversement du régime par l'armée vietnamienne, le nouveau gouvernement soutenu par Hanoï avait condamné à mort par contumace "la clique Pol Pot Ieng Sary". Mais ce dernier, qui représentait la guérilla khmère rouge de son fief de Pailin, dans l'est du pays, avait négocié en 1996 sa reddition, en échange de la promesse de ne pas être inculpé.

Lire : Ieng Sary, le frère no trois des Khmers rouges

Le roi Norodom Sihanouk lui avait alors accordé une grâce, lui permettant de revenir à Phnom Penh sans être inquiété.

Ce décret royal a constitué le principal axe de défense d'Ieng Sary devant les CETC, au motif que l'ancien ministre, grâcié, ne pouvait être jugé une deuxième fois pour les mêmes faits.

 

Arrêté en 2007, il aura passé plus de cinq ans en détention. De quoi satisfaire Youk Chhang, président du Centre de documentation du Cambodge, une ONG qui rassemble des preuves des crimes commis entre 1975 et 1979. "Le voir arrêté et emprisonné jusqu'à sa mort me suffit. Les crimes qu'il a commis sont connus", estime-t-il.

Le tribunal, dont les travaux avaient été suspendus lundi 4 mars en raison d'une grève des interprètes cambodgiens protestant contre le non-versement de leur salaire, reprendra ses activités le 18 mars, une solution provisoire ayant été trouvée entre-temps. Lors de la prochaine audience, prévue le 25 mars, les juges étudieront le cas de Nuon Chea, qui assure que son état de santé ne lui permet pas de se défendre



21/03/2013
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