Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Le Ranquet en Vadrouille...Carnet de route.

Burundi, Bujumbura " le futur est ailleurs.."

Bujumbura, le futur est ailleurs…

 

 Nous sommes à nouveau les deux seuls  «Zumgus » à bord du bus « Volcano » en provenance de Kigali et à destination du Burundi.

 

 Nous avions réservé la veille pour deux places en cours de trajet (montée à Butare) et « négocié » avec la représentante de « Volcano » un temps d’arrêt suffisant au passage frontière pour l’obtention des visas que nous devions acquitter…

 

Pour ne pas retarder le bus et les autres passagers, 20 minutes nous ont été accordées pour les formalités, un temps en principe suffisant pour tamponner les passeports en échange de quelques billets verts… 

 

C’était sans compter avec l’administration Burundaise défaillante et  l’hypothétique connexion internet avec le « Chef » à Bujumbura, la capitale.

 

C’est « Buju » qui doit valider l’accès des étrangers sur le territoire, nous dit le fonctionnaire…

 

Bientôt, nous regretterons l’efficacité Rwandaise dans bien des domaines…

 

Mais l’hospitalité du « Pays des Mille Collines » ne s’arrête pas au poste frontière…C’est l’ensemble des voyageurs du bus et en particulier le chauffeur et deux Rwandaises qui nous ont facilité les démarches en nous faisant passer les premiers aux différents points de contrôle…

 

Et comme envisagés par  Latifa et Négro, Internet du Côté Burundais ne fonctionnait pas…

 

Une petite heure a été nécessaire pour que l’écran de l’ordinateur vieillissant, s’éclaire du mail de Bujumbura, autorisant le fonctionnaire à délivrer les visas…les dollars avaient été encaissés bien avant…

Les Rwandais et Burundais du bus, connaissant la lenteur administrative ont patienté avec le sourire…

 

L’Afrique, un endroit de patience…

 

De l’autre côté du poste frontière, c’est une route de montagne qui s’élève au cœur des parcelles de thé et de café…le paysage est beau et ne diffère guère du Rwanda…

 

Nous sommes au Burundi…

 

La différence elle est ailleurs…elle nous saute à la figure … elle est là, de chaque côté de la route…on la voit, on la sent : la Misère…

 

Derrière de lourds camions à remorque surchargées, notre bus somnole dans les fumées noires des échappements des moteurs Chinois.

  C’est en convoi que nous gravissons les sévères pentes des hauts plateaux du Burundi…les cols sont  gravis à 20km/heure, une vitesse autorisant gamins et adolescents à s’accrocher témérairement  aux ridelles des remorques, ou à se nicher entre la roue de secours et le bas de caisse des poids lourds.

 

Les vélos ne sont pas en reste. Lestés d’impressionnants ballots de charbon de bois, les cyclistes s’accrochent aux camions jusqu’en haut des cols et ensuite lâchent prise pour basculer dans la pente beaucoup plus vite que les véhicules… le spectacle est hallucinant!

 

A proximité des villages, ce sont des gamins, sales, en haillons, qui tendent les mains au bord de la route, criant au passage des bus…

 

Qu’attendent-ils ? Qu’espèrent-ils ? Un inestimable trésor pourrait-il tomber d’une fenêtre du bus ?

Durant les courts arrêts dans les villages, les adultes chassent les enfants qui pourraient gêner le commerce aux vitres du bus.

 

Si la misère est une composante qu’on ne peut ignorer au Burundi, tant on marche dessus, personne ne s’en accoutume, pas même les Burundais qui sans complexe évoquent un régime gangréné par la corruption pyramidale…

 

Longues queues aux stations essence qui délivrent 5 litres maximum…après, c’est le marché noir qui remplit les réservoirs.

 

Plusieurs arrêts en banlieue de Bujumbura avant  que notre chauffeur immobilise le bus à la gare centrale…Latifa, la voisine de Marie, lui recommande de ne pas trainer dans ces quartiers à cause des « bandits »

 

Bujumbura, 14h, chaleur pesante dans la cuvette du lac Tanganyika bordée de collines assombries par l’orage qui arrive. Le sable soulevé par un vent violent nous cingle la figure; des bouts de tôle et des  bouteilles plastiques écrasées  roulent et décollent de la chaussée. Les gens subitement  accélèrent le pas et s’abritent sous les porches des vieux commerces, vestiges du passage des Allemands…

 

Il faut trouver un hôtel potable…j’en visite deux, prix acceptables…l’un propose un balcon avec vue sur les eaux sombres du lac en ce début d’après-midi…ce sera donc celui-là.

 

J’embauche un Burundais chaussé de tongues chinoises afin de nous donner un coup de main pour nos sacs restés sous la surveillance de Marie au local des bus…

 

Nous franchissons le seuil de l’hôtel lorsque les premières gouttes s’écrasent dans la poussière de la capitale…très vite les caniveaux vomissent une eau boueuse  transformant le centre-ville en cité lacustre le temps d’un moment.

Violence de l’orage sur le Tanganyika.

 

L’électricité est revenue, la douche chaude est réparatrice…

Nous avons trois heures devant nous avant la tombée de la nuit. Il nous faut, comme le prévoit les consignes du Quai d’Orsay, nous faire enregistrer à l’Ambassade de France.

 

Nous avons l’adresse, mais aucun plan de la ville n’est disponible dans la capitale…inutile de chercher les noms de rues, il n’y en a pas.

 

Le taxi n’est pas nécessaire, le quartier des Ambassades est proche du centre-ville. Policiers, militaires, agents de sécurité privés se tiennent à chaque carrefour…les voitures pataugent dans les mares d’eau qui peinent à s’évacuer. Les Burundais avec gentillesse nous indiquent l’itinéraire de l’Ambassade.

 

L’accueil à l’Ambassade est chaleureux.

 

C’est un jeune gendarme qui nous reçoit et qui nous donne les consignes  de sécurité en nous remettant un document avec n° le de  téléphone du chef d’îlot responsable du secteur de l’hôtel dans lequel nous résidons.

 

Nous lui demandons où est-il possible de trouver un distributeur d’argent qui fonctionne…le gendarme en poste à « Buju » depuis un an est perplexe, et nous avoue faire le change auprès des commerçants ou des hôtels…. Un moyen fiable assure-t-il.

 

La ville commence à sécher. Le flot de circulation reprend. De nombreux 4X4 rutilants sillonnent le centre-ville, ils sont tous ciglés d’une appartenance à une ONG…

 

Des femmes et des enfants  s’installent sur des bouts de trottoirs délabrés, ces pauvres parmi les pauvres  s’apprêtent à passer la nuit à proximité d’enseignes lumineuses plus sécurisantes que l’éclairage publique de la capitale qui laisse des quartiers entiers dans une obscurité dangereuse…

 

A 18h la nuit a pratiquement enveloppé Bujumbura…

 

à l’hôtel, nous dégustons un poisson grillé du lac avec l’incontournable bière « Primus »

C’est Bosco qui nous sert, interrompant de temps à autre son activité, pour prêter l’oreille à François Hollande, sur France 24 qui retransmet le discours de Dakar…Bosco semble apprécier.

 

Notre diner est excellent!

 

De notre balcon, la ville semble disparaitre dans la nuit…nous ne voyons plus la misère, elle se cache…

 

Ça y est, nous y sommes,… au cœur du Grand Bazar…ce n’est pas encore le bordel mais ça y ressemble !

 



14/10/2012
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